Double exceptionnalité: être brillante et "nulle" à la fois
Aug 23, 2026
Je suis tombée récemment sur un article qui parlait de Double Exceptionnalité.
En lisant cet article, j'ai eu l'impression que, pour une fois, quelqu'un avait pris différentes pièces du puzzle et les avait posées ensemble sur la même table.
Définition
La double exceptionnalité est la cooccurrence chez une même personne d'un profil de douance (haut potentiel intellectuel ou artistique) et d'un trouble neurodéveloppemental, d'un trouble des apprentissage (DYS) ou d'un handicap.
Il y a une chose que j'ai eu énormément de mal à comprendre dans mon propre fonctionnement:"Comment est-ce qu'on peut être tellement capable dans certains domaines et avoir autant de difficultés avec des choses qui semblent beaucoup plus simples?"
Comment est-ce que je peux comprendre très vite quelque chose de complexe, créer, faire des liens entre des idées qui semblent très éloignées... Et en même temps avoir toutes les peines du monde à commencer une tâche banale?
Pendant longtemps, j'ai cherché une logique là-dedans.
Le problème, c'est de réfléchir en "moyenne"
Le raisonnement semble pourtant logique.
"Puisque je suis capable de faire quelque chose de très compliqué, je dois nécessairement être capable de faire quelque chose de beaucoup plus simple."
Eh bien non.
C'est précisément ce qui m'a parlé dans cette notion de double exceptionnalité: un fonctionnement neuroatypique peut comporter des hauts (vraiment très hauts) dans certains domaines et des bas (vraiment très bas) bas dans d'autres.
On peut avoir des capacités extrêmement élevées quelque part et des difficultés tout aussi réelles, importantes et impactantes ailleurs.
Et l'un n'annule pas l'autre.
Le haut potentiel n'annule pas le TDAH ou les difficultés liées à l'autisme.
Et le TDAH ou l'autisme n'annulent évidemment pas non plus le haut potentiel.
Il n'y a donc pas à essayer de calculer une sorte de "niveau moyen" qui correspondrait à la personne.
Ce n'est pas une simple addition
Ce qui me paraît encore plus intéressant, c'est que ces différentes caractéristiques ne s'additionnent pas simplement.
Ce n'est pas "un peu de HPI ici, un peu de TDAH là, un peu d'autisme ailleurs et voilà quel résultat moyen ça donne."
Tout cela fonctionne ensemble.
Une caractéristique peut en compenser une autre.
Elle peut aussi la masquer.
Parfois aussi, plusieurs particularités peuvent même donner l'impression de l'extérieur qu'il n'y a justement rien de particulier.
En ce qui me concerne, c'est très révélateur.
Je connaissais mon effort, mais pas celui des autres
Quand on rencontre d'immenses difficultés dans certains domaines, on peut développer pendant des années toutes sortes de stratégies pour les compenser.
Et de l'extérieur, ça peut très bien fonctionner, ça fait parfaitement illusion!
Personne ne voit le problème puisque, d'une certaine manière, on le fait disparaître.
Mais personne ne voit pas non plus l'effort que cela demande!
Et il y a là une nuance qui a été très importante pour moi: j'étais consciente de l'effort que je faisais. Je savais que certaines choses me demandaient énormément d'énergie.
Ce dont je n'étais pas consciente, c'est que cet effort n'était pas nécessairement le même pour les autres.
Je pensais simplement que tout le monde faisait comme ça! Alors, puisqu'ils y arrivaient, je devais pouvoir y arriver aussi.
Il fallait simplement continuer à faire des efforts. Encore un effort supplémentaire...
Et si je n'y arrivais toujours pas, et bien c'était probablement que je manquais de volonté.
Ou que j'étais désorganisée.
Ou trop sensible.
Ou capricieuse: je ne faisais les choses que lorsque j'en avais envie.
"Mais qu'est-ce qui cloche chez moi?"
Et finalement, on en arrive à cette question:"mais qu'est-ce qui cloche chez moi?"
Puisque les autres y arrivent et pas moi, J'AI forcément un problème.
Une question d'autant plus pertinente puisque je sais qu'à côté de cela, je suis très compétente dans certains domaines!
Je me sens à la fois très capable et très nulle...
Question suivante: "laquelle des deux est la vraie moi?"
Il y a la Viviane brillante... ET la Viviane qui rame!
Aujourd'hui, je comprends que la réponse est "ni l'une ni l'autre"!
Ou plutôt: "les deux"!
Il y a la Viviane qui est brillante ET il y a la Viviane qui rame complètement, qui se laisse empêtrer, submerger jusque par-dessus la tête...
Et il n'y en a pas une qui soit plus vraie que l'autre.
Il n'y en a pas une qu'il faudrait mettre en avant pendant que l'autre serait à réparer.
Tout ça, c'est moi.
Je suis ces deux personnes en même temps.
Et aujourd'hui, je le sais et je l'accepte.
Ce que mes diagnostics tardifs ont changé
Mes diagnostics n'ont évidemment pas fait disparaître mes difficultés.
Mais ils ont énormément changé la manière dont je les regarde.
Ils m'ont permis d'accueillir l'idée que je peux être au top dans certains domaines et complètement à la ramasse dans d'autres.
Et surtout, de ne plus en faire une question de valeur personnelle.
Je ne culpabilise plus comme avant.
Je n'en ai plus honte comme avant.
Il m'arrive même maintenant de rire de ce que j'observe!
Et le fait de connaître certaines de mes difficultés me permet aussi de les anticiper.
Je sais que certaines situations vont être laborieuses.
Je sais que d'autres vont me permettre d'être extrêmement performante.
Ce n'est pas toujours confortable, mais ça devient compréhensible.
HPI, TDAH, autisme: des clés de lecture, pas des cases
C'est ce qui m'intéresse le plus aujourd'hui dans cette découverte de la neuroatypie: je ne cherche pas à me figer derrière une étiquette.
Ce n'est pas:"voilà, HPI, TDAH, autiste, maintenant j'ai mes réponses et c'est terminé."
Pas du tout.
Je vois plutôt tout cela comme différentes clés de lecture.
Qu'est-ce que le HPI, le TDAH et l'autisme donnent ensemble dans mon fonctionnement?
Comment est-ce que tout cela s'entremêle?
Est-ce qu'un élément peut parfois en masquer un autre?
Comment certaines de mes capacités ont-elles permis de compenser certaines difficultés?
Je n'ai pas envie d'en privilégier une pour expliquer toute ma vie.
J'ai envie de les observer toutes, ensemble.
Passer de "Mais qu'est-ce qui cloche chez moi?" à "Comment est-ce que je fonctionne dans cette situation?"
Avant, devant une difficulté, je pourrais facilement penser:"j'ai un problème, il faut que je trouve une solution pour corriger ça."
Aujourd'hui, je peux davantage me demander... "Comment est-ce que je fonctionne dans cette situation?"
Et ça peut être complètement autrement d'une situation à une autre.
Ce n’est pas nécessairement une contradiction.
Et ce n’est pas automatiquement un problème à réparer.
Et ça, je trouve que c'est une bonne nouvelle!
Parce que nous ne sommes pas condamnées à nous observer toute notre vie de la même manière.
Même après des années - voire des décennies - passées à interpréter certains comportements comme des défauts, des problèmes ou des échecs, une autre lecture peut apparaître.
Il peut toujours y avoir une porte qu'on n'avait pas encore vue.
Et quand on l'ouvre, ce qu'on vit ne change pas forcément.
Mais la manière de le comprendre, elle, peut changer énormément.
Pouvoir porter ce nouveau regard sur mon fonctionnement et sur ma propre vie est un immense soulagement.
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