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Pourquoi certaines situations m'exaspèrent (et ce que ma neuroatypie change)

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Viviane explique comment sa neuroatypie influence sa manière de vivre la frustration et les incompréhensions.

Il y a des situations du quotidien qui m'exaspèrent.
Mais vraiment! 🤬

Avant, elles m'énervaient encore davantage. Depuis que je comprends mieux mon fonctionnement d'autiste, de TDAH et de HPI, je réussis plus souvent à prendre du recul.

Mais attention, ça ne veut pas dire que je suis devenue une personne qui ne s'énerve jamais!

Et justement, une mésaventure récente m'a donné envie de créer une nouvelle série de vidéos intitulée "Ça m'énerve... de moins en moins".

Une expérience sur la manière de voir les choses

Il y a quelques années, j'avais vu dans une émission de la RTS, Dans la tête de..., une expérience très intéressante.
Situation: un meuble composé de casiers, une personne de chaque côté.
Certains casiers sont fermés d'un côté, d'autres de l'autre.
Le but est d'observer si l'on tient compte de ce que l'autre personne peut voir ou non.
Cette expérience concerne notre capacité à nous représenter ce que les autres savent, ignorent, pensent ou perçoivent.

Une étude scientifique utilisant une tâche de ce type a montré que la prise en compte spontanée du point de vue d'autrui continue de se développer pendant l'adolescence et l'âge adulte.
Il ne s'agit pas d'une capacité qui serait présente ou pas, ni d'une aptitude que tous les adultes maîtriseraient parfaitement.

Mais moi, en découvrant cette expérience, je m'étais dit:
"Évidemment! Quand je suis avec quelqu'un, je ne pars pas du principe qu'il voit la même chose que moi, je me mets à sa place pour savoir ce que LUI voit!"
Même si j'avais déjà bien souvent constaté que ça n'allait pas de soi pour tout le monde.

Un livre introuvable à la bibliothèque

Je vais te raconter une histoire récente, en transposant les faits dans un autre contexte pour préserver la personne concernée.

Imagine: quelqu'un me demande de lui rendre service en allant chercher un livre à la bibliothèque. Puisque c'est sur mon chemin, j'accepte volontiers.
La personne m'indique dans quel secteur chercher et sur quelle étagère.

Je m'y rends.
Comme indiqué, tout en haut, je vois bien des livres, mais pas celui que je cherche.
Je vérifie plusieurs fois. Je fais le tour des rayons. Je reviens. Toujours rien.

Finalement, je téléphone à la personne.
Et là, elle m'explique qu'elle a couché le livre tout au fond de l'étagère, derrière les autres, pour éviter que quelqu'un le prenne!

Ah ben voilà! Le livre est couché, caché, invisible, sur une étagère bien plus haute que mes yeux (et je suis plutôt grande).

Pourquoi ne pas m'avoir communiqué cette information essentielle dès le départ?

Parce que moi, pendant ce temps, j'ai cherché. J'ai perdu du temps. Et j'ai fini par être en retard.
Et quand un autre contretemps du même genre s'ajoute ensuite, ma frustration continue à grimper!

Ce qui m'énerve, c'est aussi le décalage

Je crois que ce qui me touche particulièrement, c'est le contraste avec ce que j'essaye moi-même de faire.

Lorsque je demande quelque chose à quelqu'un, j'essaye d'imaginer sa situation.
Ce qu'il va voir.
Ce qu'il sait déjà.
Ce qu'il ne peut pas deviner.
Je cherche à lui transmettre les informations qui lui permettront de réaliser ce que je lui demande sans effort inutile.

Je ne prétends pas y parvenir systématiquement!
Mais j'ai l'impression de faire cet effort spontanément. Et je suis déconcertée lorsque d'autres personnes ne semblent pas le faire.
Avec parfois cette impression désagréable que je dois dépenser énormément d'énergie pour compenser ce qui aurait pu être réglé avec une simple précision.

Avant, je pensais qu'on se fichait de moi

C'est ici qu'il y a eu un véritable changement dans ma manière de vivre ces situations.
Avant, je pensais que les autres ne voulaient pas faire l'effort de se mettre à ma place.
Aujourd'hui, je me demande s'ils savent seulement qu'il y a un effort à faire.
Peut-être qu'ils n'y pensent simplement pas.
Peut-être qu'ils ne réalisent pas que les informations qu'ils possèdent ne sont pas nécessairement accessibles par leur interlocuteur.
Je n'en sais rien. Et je ne prétends pas pouvoir lire dans leur tête.

Mais j'ai remplacé une certitude douloureuse par une hypothèse moins douloureuse.
Je ne pars plus automatiquement du principe que les autres se fichent de moi.

Quel rapport avec autisme, TDAH et HPI?

Je serais bien incapable d'attribuer chaque élément de ma réaction à l'un de mes diagnostics.

Mon autisme peut entrer en jeu, notamment dans mon rapport à la prévisibilité et dans les différences de communication.
Le concept de double empathie propose d'ailleurs une idée intéressante: les incompréhensions entre personnes autistes et non autistes peuvent être réciproques.

Mon TDAH peut aussi intervenir, notamment dans la régulation émotionnelle et la manière dont la frustration s'accumule.

Mon HPI peut faire partie de mes particularités cognitives, mais il serait hasardeux de lui attribuer automatiquement ma manière d'anticiper les besoins d'information des autres.

Et puis il y a mon histoire personnelle. Des décennies à essayer de m'adapter, à anticiper les attentes et les besoins des autres, souvent avant les miens.

Tout cela peut se combiner.
Mais je ne veux surtout pas prétendre que toutes les personnes neuroatypiques fonctionnent comme moi.

Comprendre les autres ne signifie pas devoir tout compenser

Alors, est-ce que la solution serait de me poser encore plus de questions lorsque quelqu'un me demande un service?
Peut-être, parfois.

Mais il y a un piège!
Pourquoi serait-ce toujours à moi d'anticiper ce que l'autre n'a peut-être pas anticipé?
Lorsque l'on a passé sa vie à se suradapter, on peut facilement transformer une meilleure connaissance de soi en une nouvelle obligation de faire encore plus d'efforts.
Et ça, non!

Comprendre pourquoi quelqu'un ne prend pas spontanément en compte mes besoins ne signifie pas que mes besoins deviennent moins légitimes.

La communication et les efforts d'adaptation doivent pouvoir se faire des deux côtés.

Ça m'énerve encore, mais je comprends mieux pourquoi

Cette histoire m'a réellement exaspérée.
Et rien que d'y repenser, je sens que ça m'agace encore! 🤣

Mais globalement, quelque chose a changé.
Je ne confonds plus l'effet qu'un comportement produit sur moi avec l'intention de la personne qui en est l'auteur.

C'est important: je ne cherche pas à devenir quelqu'un qui ne s'énerve plus.
Je veux juste comprendre pourquoi je m'énerve.

Et toi? Est-ce que certaines situations t'exaspèrent parce que les autres semblent fonctionner d'une manière totalement différente de la tienne?

 


 

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